Allahabad : Ardh Khumb Mela
C’étaient comme des millions de lumières éclairant des millions de têtes rassemblées autour de millions de gouttes d’eau. Une population de 20 millions de personnes dans une ville de tentes et de chapiteaux étalée sur 70 km² pendant plus d’un mois. Même si l’Ardh Kumbh Mela ne regroupe pas les 70 millions de dévots et l’attraction médiatique du Maha Kumbh, il reste immense et riche en couleurs. Ma première vision de cette ville spirituelle provient de ses longues files de pèlerins porteurs de baluchons, enfants, bidons, etc, tels des réfugiés, provenant des stations de bus ou de la gare, comme nous, et marchant jusqu’à la vaste berge à plusieurs kilomètres.
Le train de nuit du mercredi au jeudi s’est passé en compagnie d’Indiens nous racontant leur parcours et leur volonté de se retrouver dans ce lieu saint. Mais l’arrivée très matinale du train nécessite une première sieste à l’hôtel du gouvernement (réservé 3 mois à l’avance !!) pour être en pleine forme pour la journée.
La marche jusqu'au sangam (berges au confluent du Gange, de la Yamuna, fleuve de New Delhi, et d’une troisième rivière mythique) présente à nos yeux un emmêlement de couleurs, avec de la poussière et des musiques. C’est un endroit rare qui peut montrer une telle diversité dans un espace aussi confiné : des sadhus nus seulement couverts de cendres, des pèlerins drapés de couleurs vives, des religieux armés de leur épée, et d’autres sadhus portant de grandes robes blanches.
Un long parcours au milieu de cette foule nous donne un aperçu brillant de la ferveur en ce lieu saint, mais ma foi non révélée se réconforte du quotidien plus matérialiste sur le chemin du retour avec des fêtes foraines (les jeunes se balancent sur la grande roue, le prestidigitateur crie dans son micro pour inviter les passants à le regarder, le tir à la carabine pour gagner des paquets de chips épicées, etc), les interviews de journalistes, les questions sur notre provenance par ces dizaines d’Indiens (ma réponse est toujours simple : New Delhi) et ce qu’on pense de ce lieu.
Le second jour (vendredi 19 janvier) de notre présence à Allahabad est la date principale du pèlerinage, on se lève donc à 5h du matin, le parcours est encore plus long que la veille puisque nous devons traverser le Gange par le pont, réservé aux flots humains ce jour. Mais la vue sur le sangam et ses millions de lumière est magique, c’est comme le ciel sur la ville et les étoiles au niveau du fleuve. En arrivant sur les berges, une grande procession de sadhus a lieu sur plusieurs kilomètres avec des dizaines de jeep sur lesquels sont montés un grand sadhu accompagné de ses sbires (qui s’occupent de préparer les pipes à fumer !) Ensuite ces jeeps rejoignent le chemin où cette fois des tracteurs avec des remorques transportent encore plus de personnes devant une foule étirée et leur donnant des chants et des acclamations, voir de la nourriture et de l’argent. Nous approchons enfin du bord du fleuve au lever du soleil et les premiers pèlerins se sont déjà baignés. Une zone avec un large accès semble réservée et on doit attendre quelques minutes pour voir arriver les nagas : sadhus nus recouverts de cendres qui se purifient dans le Gange uniquement ce jour. Ils courent jusqu’à l’eau, plongent leur tête sous l’eau et ressortent en grelotant pour s’enduire de cendres et de poussières. Leur nudité rend réellement compte de la froideur du fleuve à cette heure très matinale. Ce spectacle de centaines d’hommes nus en train de discuter, s’accroupir en cercle pour fumer les pipes, de faire du yoga ou des combats de catch. Puis tout ce monde s’éloigne pour rejoindre la procession.
La suite de la matinée est faite de rencontres avec des Indiens surpris de voir des touristes sur un lieu saint, mais leurs mots sont très gentils et ils souhaitent pour la plupart qu’on se purifie aussi. Cela est vraiment impossible pour la plupart d’entre nous, vu la qualité de l’eau et la température extérieure. Nous retournons au centre-ville d’Allahabad pour déjeuner en milieu d’après-midi et aussi se détendre après des heures de marches ininterrompues. Mais on repart vers un autre quai de la Yamuna pour embarquer sur un bateau. Là un rameur nous emmène au milieu du fleuve pour apprécier le coucher du soleil et voir d’un autre point de vue les gens se baigner et prier au bord du fleuve. Les couleurs du Gange et de la Yamuna sont encore plus riches avec les derniers reflets du soleil, les nuages brillent de mille couleurs alors que la nit approche. Après un retour au village assez agité (chute du cheval qui tirait notre attelage, mais la clairvoyance des passagers a évité que l’animal ne se blesse trop gravement), on dîne à l’hôtel entre amis pour partager les émotions de notre journée tellement déconcertante et merveilleuse.
Le troisième jour (samedi) voit notre groupe se séparer, quelques uns repartent le midi de Allahabad vers d’autres destinations : Varanasi et Khansi ; 2 autres (Esben et Susanna) retournent au sangam pour retrouver la foule, malgré les millions de départs de la nuit précédente (on dormait à côté d’une station de bus) ; et Elodie, Emil et moi-même restons dans cette ville pour visiter quelques lieux principaux. Nous nous sommes rendus à Swaraj Bhawan, c’est une grande demeure acquise par Motilal Nehru en 1900. Son fils Jawaharlal s’y est marié et a sa fille Indira en 1917. Mahatma Gandhi a visité de nombreuses fois cette maison et plusieurs réunions du Working Committee du parti du Congrès ont été tenues dans ces lieux. Ce bâtiment abrite aujourd’hui un musée et conserve une panoplie de documents d’époques (les dossiers sont actuellement scotchés sur les bureaux !)
Le trajet du retour nous ramène à New Delhi le dimanche matin pour une journée de retrouvailles avec la capitale avant d’attaquer le travail pour de bon en 2007 avec des milliers d’images sensationnelles, parfois insolites ou attristantes de misère, ou riches en émotions et en simplicité.
Le train de nuit du mercredi au jeudi s’est passé en compagnie d’Indiens nous racontant leur parcours et leur volonté de se retrouver dans ce lieu saint. Mais l’arrivée très matinale du train nécessite une première sieste à l’hôtel du gouvernement (réservé 3 mois à l’avance !!) pour être en pleine forme pour la journée.
La marche jusqu'au sangam (berges au confluent du Gange, de la Yamuna, fleuve de New Delhi, et d’une troisième rivière mythique) présente à nos yeux un emmêlement de couleurs, avec de la poussière et des musiques. C’est un endroit rare qui peut montrer une telle diversité dans un espace aussi confiné : des sadhus nus seulement couverts de cendres, des pèlerins drapés de couleurs vives, des religieux armés de leur épée, et d’autres sadhus portant de grandes robes blanches.
Un long parcours au milieu de cette foule nous donne un aperçu brillant de la ferveur en ce lieu saint, mais ma foi non révélée se réconforte du quotidien plus matérialiste sur le chemin du retour avec des fêtes foraines (les jeunes se balancent sur la grande roue, le prestidigitateur crie dans son micro pour inviter les passants à le regarder, le tir à la carabine pour gagner des paquets de chips épicées, etc), les interviews de journalistes, les questions sur notre provenance par ces dizaines d’Indiens (ma réponse est toujours simple : New Delhi) et ce qu’on pense de ce lieu.
Le second jour (vendredi 19 janvier) de notre présence à Allahabad est la date principale du pèlerinage, on se lève donc à 5h du matin, le parcours est encore plus long que la veille puisque nous devons traverser le Gange par le pont, réservé aux flots humains ce jour. Mais la vue sur le sangam et ses millions de lumière est magique, c’est comme le ciel sur la ville et les étoiles au niveau du fleuve. En arrivant sur les berges, une grande procession de sadhus a lieu sur plusieurs kilomètres avec des dizaines de jeep sur lesquels sont montés un grand sadhu accompagné de ses sbires (qui s’occupent de préparer les pipes à fumer !) Ensuite ces jeeps rejoignent le chemin où cette fois des tracteurs avec des remorques transportent encore plus de personnes devant une foule étirée et leur donnant des chants et des acclamations, voir de la nourriture et de l’argent. Nous approchons enfin du bord du fleuve au lever du soleil et les premiers pèlerins se sont déjà baignés. Une zone avec un large accès semble réservée et on doit attendre quelques minutes pour voir arriver les nagas : sadhus nus recouverts de cendres qui se purifient dans le Gange uniquement ce jour. Ils courent jusqu’à l’eau, plongent leur tête sous l’eau et ressortent en grelotant pour s’enduire de cendres et de poussières. Leur nudité rend réellement compte de la froideur du fleuve à cette heure très matinale. Ce spectacle de centaines d’hommes nus en train de discuter, s’accroupir en cercle pour fumer les pipes, de faire du yoga ou des combats de catch. Puis tout ce monde s’éloigne pour rejoindre la procession.
La suite de la matinée est faite de rencontres avec des Indiens surpris de voir des touristes sur un lieu saint, mais leurs mots sont très gentils et ils souhaitent pour la plupart qu’on se purifie aussi. Cela est vraiment impossible pour la plupart d’entre nous, vu la qualité de l’eau et la température extérieure. Nous retournons au centre-ville d’Allahabad pour déjeuner en milieu d’après-midi et aussi se détendre après des heures de marches ininterrompues. Mais on repart vers un autre quai de la Yamuna pour embarquer sur un bateau. Là un rameur nous emmène au milieu du fleuve pour apprécier le coucher du soleil et voir d’un autre point de vue les gens se baigner et prier au bord du fleuve. Les couleurs du Gange et de la Yamuna sont encore plus riches avec les derniers reflets du soleil, les nuages brillent de mille couleurs alors que la nit approche. Après un retour au village assez agité (chute du cheval qui tirait notre attelage, mais la clairvoyance des passagers a évité que l’animal ne se blesse trop gravement), on dîne à l’hôtel entre amis pour partager les émotions de notre journée tellement déconcertante et merveilleuse.
Le troisième jour (samedi) voit notre groupe se séparer, quelques uns repartent le midi de Allahabad vers d’autres destinations : Varanasi et Khansi ; 2 autres (Esben et Susanna) retournent au sangam pour retrouver la foule, malgré les millions de départs de la nuit précédente (on dormait à côté d’une station de bus) ; et Elodie, Emil et moi-même restons dans cette ville pour visiter quelques lieux principaux. Nous nous sommes rendus à Swaraj Bhawan, c’est une grande demeure acquise par Motilal Nehru en 1900. Son fils Jawaharlal s’y est marié et a sa fille Indira en 1917. Mahatma Gandhi a visité de nombreuses fois cette maison et plusieurs réunions du Working Committee du parti du Congrès ont été tenues dans ces lieux. Ce bâtiment abrite aujourd’hui un musée et conserve une panoplie de documents d’époques (les dossiers sont actuellement scotchés sur les bureaux !)
Le trajet du retour nous ramène à New Delhi le dimanche matin pour une journée de retrouvailles avec la capitale avant d’attaquer le travail pour de bon en 2007 avec des milliers d’images sensationnelles, parfois insolites ou attristantes de misère, ou riches en émotions et en simplicité.






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